Marlene Streeruwitz

BIOGRAPHIE

Née en 1950 à Baden près de Vienne, Autriche. Etudes de droit, puis de littérature slavonne et d'histoire de l'art. Vit et travaille à Vienne. Elle est écrivain et metteur en scène de pièces dramatiques et radiophoniques

Genèse de son projet pour Point d'ironie février 1998 :

J'ai grandi comme toutes les petites filles. Je croyais secrètement que j'étais une princesse enlevée à ses parents et qu'un jour mon vrai père viendrait me réclamer. Ou qu'un prince passant par là me remarquerait, qu'il reconnaîtrait mes vraies qualités et qu'il m'emmènerait. J'ai d'abord attendu. Puis je me suis mise à le chercher. Je pensais que j'en ferais mon dieu et qu'alors tout serait bien. Je serais la meilleure des princesses. Meilleure que la petite sirène. Je souffrirais plus, je serais plus gentille, plus patiente, et mon dieu resterait toujours auprès de moi.

Bien sûr, je n'allais trouver aucun dieu. Quant aux succédanés, ils se cachent toujours derrière quelque chose de manière qu'on ne puisse les voir. Mais eux vous voient. Ils vous regardent de derrière leurs yeux. Ou de derrière leur travail. Ou de derrière un appareil-photo.

Quand j'ai eu ce terrible accident de ski, mon dieu d'alors n'a pas été à mon chevet pour me réconforter. Il n'est pas resté dans le champ de l'image. Il a pris ces photos où l'on voit la princesse souffrir en silence.

Dans la démarche consistant à recoller les morceaux de ma vie pour pouvoir continuer, j'ai trouvé ces images. Et en guise de tribut öla petite fille en moi, je les ai mises au beau milieu des fleurs pour qu'elles flottent dessus comme Poucette. Et qu'elles soient heureuses. Aussi heureuses que possible et sans plus faire mal. Marlene Streeruwitz 

Traduction du texte :

Les premières 40 années je continuais à chercher mon dieu ... 13 juillet
Aujourd'hui devant la glace la première attaque. La douleur à laquelle il fallait s'attendre. De nouveau la définition amour inévitablement une conscience de l'horreur absolue de la séparation et ne rien laisser voir. Surtout pas. Les vers à bois qui, déjections nées de juillet, émergent du cadre argenté de la glace et certains sortis à demi, décédés du produit passé l'an dernier, dépassaient, et le bruit quand on les sentait écrasés sous les doigts, je ne pouvais m'empêcher de couvrir mon visage de mes mains, dans la souffrance, dans la profonde souffrance de l'attente et avant, l'attente, l'excitation, l'élévation au-dessus de tout, de toute chose terrestre. J'aurais voulu que la mort me soit plus indifférente et la tentative de rassembler toutes mes attentes qui, si soigneusement cachées dans ces pages et pas d'aide, alors que la question est seulement de savoir si l'horreur du vide doit vraiment recevoir un nom. Marlene Streeruwitz